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Deuxième et second

« Second » signifie-t-il « deuxième et dernier » ? Les avis divergent toujours...

Questions et débats (novembre 1998)

J.-P. Dewals (03/11/1998). — On ne dit pas seconde pour indiquer une deuxième place. Dans un immeuble qui a deux étages, on peut dire, j’habite au second, mais s’il a trois étages, j’habite au deuxième. Second implique la fin de la série.

Luc Bentz (04 /11/1998)

« Jamais la langue n’a fait couramment entre les deux la distinction que les théoriciens ont voulu établir. Second, qui est apparu avant deuxième, se dit comme lui qu’il y ait deux termes ou plus. La seule distinction est qu’on n’emploie que deuxième dans les adjectifs numéraux composés : 2e, 62e, etc. Mais il ne s’impose pas si on pense à un 3e. On dit toujours : les causes secondes, un état second, de seconde main, à nulle autre seconde (=qui a la première place, la priorité), capitaine en second. » Joseph Hanse, Nouveau Dictionnaire des Difficultés du Français moderne (3e édition).

« Les rapports de second avec deuxième ont fait l’objet de prescriptions arbitraires. [...] L’usage a toujours condamné ces raffinements que Littré condamnait déjà. » Grevisse, le Bon Usage (13e éd.,§ 581, b, 2°).

Jean-Pierre Lacroux (4/11/1998). — Mouais... On pourrait multiplier les citations... d’auteurs (estimables, comme Girodet) préconisant le respect de cette distinction arbitraire. Trois petites observations :

  1. L’arbitraire n’est pas ici un critère pertinent... ou alors... faut examiner quelques conventions « indiscutées » d’un autre oeil...
  2. La démonstration de Grevisse et de Hanse se fonde sur des considérations « historiques » curieusement puristes...
  3. Le français et la plupart de ceux qui le pratiquent n’aiment guère les termes interchangeables. La distinction entre deuxième et second n’est certes pas d’une utilité flagrante... mais elle est plaisante, subtile. Et qui gêne-t-elle ? Pas moi, en tout cas... donc je la respecte... C’est mon usage et, selon Dauzat mais contre Grevisse, c’est également le bon...
  • Luc Bentz (4/11/1998). — Rappel : deuxième n’est venu qu’après second (et était limité à la ... seconde position quand il y avait plusieurs éléments). Il est vrai qu’il vaut mieux que la distinction « nouvelle » soit respectée lorsque l’on parle de « Seconde Guerre mondiale » (qui apparaîtrait dès lors comme une expression plus optimiste que Deuxième Guerre mondiale).

    [À propos de : Et qui gêne-t-elle ? Pas moi, en tout cas... donc je la respecte... C’est mon usage et, selon Dauzat mais contre Grevisse, c’est également le bon...] De cela on peut tirer deux conclusions :
    1. Le débat continue
    2. Sur ce sujet, remettons-en nous à Rabelais : Fais ce que voudras !

Elendir (4/11/1998). — Personnellement, j’emploierais plus volontiers deuxième lorsque cet adjectif est suivi d’un nom, et plutôt second lorsque celui-ci vient en fin de phrase ou du moins avant une pause (virgule, etc.)

— À quel étage habitez-vous ?
— Au deuxième étage.
mais : — Au second.

Comparer : un deuxième état / un état second. Enfin, c’est comme les histoires de subjonctif, on ne sait pas très bien à quel saint se vouer.

Compléments

On peut consulter l’[article « second »http://www.cnrtl.fr/lexicographie/second] du TLFi.

On y verra ces exemples d’emploi où second est deuxième, mais non dernier (mais il y a aussi des exemples en sens contraire) :

  • Seconde croisade [1] ;
  • seconde guerre punique [2] ;
  • seconde République [3] ;
  • seconde Restauration [4] ;
  • adopter une loi en seconde lecture [5].

On y verra aussi ces citations (parmi les auteurs, des académiciens français et Goncourt... et Gide, qui refusa d’être de l’Académie, mais fut prix Nobel de littérature !) :

  • M. Arnauld (...) à quatre-vingts ans (...) soutint magnifiquement les quatre thèses voulues : la première appelée Sorbonnique (...) ; la seconde dite Mineure ordinaire (...) ; la troisième, Majeure ordinaire (...) ; et la quatrième et dernière, appelée l’acte de Vesperies... (Sainte-Beuve, Port-Royal, t. 2, 1842, p. 18) ;
  • À ce second orateur, un troisième succéda, qui remercia les deux autres d’avoir si bien tracé ce qu’il appela la théorie de leur programme (Gide, Faux-monn., 1925, p. 1210) ;
  • Je traverse deux pièces dont la seconde assez vaste, et me trouve dans une troisième plus vaste encore (Gide, Journal, 1925, p. 85) ;
  • Sidonie (...) riait de tout son cœur (...), heureuse d’être descendue des troisièmes ou des secondes, ses places d’autrefois, à ces belles avant-scènes ornées de glaces (A. Daudet, Fromont jeune, 1874, p. 102) ;
  • Un camarade s’engagea, puis un second, puis un troisième (Saint-Exup[éry]., Terre [des] hommes, 1939, p. 249) ;
  • Nous passions devant des portes où était inscrit : quatrième, troisième, second bureau (Vercel, Cap. Conan, 1934, p. 96) ;
  • Moi, la seconde personne de la Trinité, et le Père sur ses deux pieds en la personne de son Fils (Claudel, Visages radieux, 1947, p. 788) ;
  • La Constitution nomme Premier Consul le citoyen Bonaparte (...) ; second Consul le citoyen Cambacérès (...) ; et troisième Consul, le citoyen Lebrun (Constitution de l’an VIII, 1799 ds Doc. hist. contemp., p. 94) ;
  • Papa prit des billets de troisième classe. Sur les lignes régionales du Craonnais, nous montions en seconde, mais ici nous n’avions pas à craindre la rencontre de relations mondaines, que cette économie eût étonnées (H. Bazin, Vipère [au poing], 1948, p. 220).
 

[1] Il y en eut neuf.

[2] Trois guerres opposèrent Carthage à Rome. La second est marquée par le personnage d’Hannibal Barca.

[3] La France en est à la cinquième.

[4] Louis XVIII a bénéficié de deux restaurations, avant et après Waterloo. Une troisième restauration eût été sans nul doute effective après 1871 si le comte de Chambord avait renoncé au « drapeau blanc » des Bourbons et accepté le drapeau tricolore.

[5] Parfois, une troisième est nécessaire, sous l’empire de la constitution française de 1958.

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