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Au niveau de...

Au niveau de ne doit être employé que... lorsqu’il y a plusieurs niveaux déterminés. Mais, ces vingt dernières années, un désagréable tic de langage a conduit à l’employer à tout propos (mais hors de propos) comme équivalent de en matière de.

L’essentiel

niveau à bulle Certains « tics verbaux » agacent. Ce fut longtemps le cas de au niveau de..., abusivement employé et longtemps condamné par les ouvrages normatifs. L’expression « à la mode » s’est démodée. Il n’est pas certain que les mises en gardes aient eu quelque effet : ce qui était dans toutes les bouches a fini par en sortir.

niveau optique Les tics de langage constituent l’ossature creuse de propos non moins creux. Mais, comme le disait Pierre Dac, Parler pour ne rien dire et ne rien dire pour parler sont les deux principes majeurs et rigoureux de tous ceux qui feraient bien mieux de la fermer avant de l’ouvrir.

Au niveau de n’est plus usité depuis les toutes dernières années du XXe siècle. Les dictionnaires des difficultés (voire les dictionnaires courants) y font encore référence – et il est vraisemblable que, par précaution, ils continueront à le faire encore. Cela montre à la fois qu’un usage n’est pas durable parce qu’il est attesté pendant trente ans... et que les ouvrages de référence ont eux même un temps de décalage, à la fois dans la dénonciation du phénomène et le constat de sa disparition...

Questions & débats (décembre 1998)

« cweil » (14.12.1998).- — Je pense ne pas être le seul à m’énerver de l’abus qui est fait de au niveau de, de par rapport à et de sur, qui seront bientôt les seules prépositions encore en usage de la langue française. Non seulement ces prépositions (dont deux sont en réalité des locutions prépositives) sont le plus souvent utilisées à tort au lieu de celles qui conviennent, mais encore elles seraient fréquemment inutiles si la phrase où elles apparaissent était mieux construite. Pourquoi, en effet, dire Au niveau de son économie, le pays se porte mieux, alors qu’il est tellement simple de dire L’ économie du pays s’est améliorée ?

Mais il semble que, de plus en plus, l’on ait plaisir à prolonger ses phrases en y incluant des mots superflus. Peut-être pour se donner le temps de penser (j’en doute), ou plutôt pour s’arroger un temps de parole plus long ? Ainsi, il n’est pas rare d’avoir l’impression, lorsqu’une personne est interviewée à la radio ou à la télé, qu’elle aimerait et pourrait continuer de parler durant des heures sans interruption, fût-ce pour répéter indéfiniment la même idée. Truffer ses propos de mots superfétatoires (tels aussi que l’ubiquitaire effectivement) peut l’aider à atteindre son but.

François Campan (14.12.1998). — Par rapport à ce que vous dites, je trouve que c’est effectivement au niveau de la fréquence de ces locutions qu’il y a un problème. C’est du moins ce que j’ai constaté sur Poitiers.

« cweil » (16.12.1998). — « Certes, votre bel effort est louable — mais je crains que ni vous ni moi n’arrivions jamais à atteindre le haut degré d’inintelligibilité des vrais virtuoses du genre.

Compléments

a) Sur la toile

Au plus fort de l’utilisation de au niveau de, la chanson « C’est pas la joie » (paroles de Bernard Michel, musique d’Henri Salvador) fut interprétée par ce dernier en 1971. On y trouve notamment ce couplet :

Au niveau de la pollution, c’est pas la joie (bis)
Au niveau de la télévision, c’est pas la joie (bis)
Au niveau de la montée des prix, c’est pas la joie (bis)
Oh oh oh ... Au niveau des embarras de Paris, c’est pas la joie (bis)
Y’a encore qu’au niveau d’l’amour que ça marche toujours

On peut en entendre un (bref) extrait à cette adresse :
http://www.vm-wl.com/default.aspx?R....

b) Dans les dictionnaires et autres ouvrages

L’expression au niveau de peut très bien être employée au figuré, quand on fait référence à un ensemble qui s’organise hiérarchiquement selon une disposition « verticale » : Au niveau des couches les plus humbles de la société. — En revanche, on évitera d’abuser de cette expression quand il n’y a pas d’organisation véritablement « verticale ». On écrira et on dira plutôt, dans le domaine de, en matière de, dans, en ce qui concerne, pour, à propos de, etc.

[...] On a raillé à juste titre l’emploi passe-partout de cette locution : Toutes ces prépositions, ces conjonctions de truc et de machin, c’était la barbe, trop long à apprendre, trop compliqué. On les a balancées pour n’en retenir que deux : « sur » et « au niveau ». Exemple pris en classe de terminale C : Où t’en est sur Flaubert ? — Au niveau Bovary, à la page 35. — Et au niveau temps, ç’a t’a pris quoi ? — Dix mois. Ben, dis donc, t’est drôlement fort sur la lecture ! (C. Sarraute, le Monde, 19 octobre 1991).

  • Maurice DRUON, le Bon Français (chronique n°4) [1] :

La locution au niveau de signifie proprement à la même hauteur que, à la hauteur de. On dira bien : La cour est au niveau du jardin ou, figurément : Cet écolier n’est pas au niveau des autres élèves de sa classe.

Mais l’emploi d’au niveau de pour exprimer : en ce qui concerne, dans le domaine de, en matière de, quant à, etc., est un abus condamnable, lorsque cette locution n’introduit aucune notion d’échelle.

Au niveau du vécu, au niveau du réel, au niveau de la communication, sont à proscrire absolument, si l’on ne veut pas descendre au-dessous du niveau de la langue correcte.

 

[1] Le Bon Français, éditions du Rocher, 1999, 252 pages, ISBN 2-268-03440-2 : recueil des cent premières chroniques de la rubrique quotidienne du même nom qu’il a créée dans le Figaro.

Articles de cette rubrique
  1. A priori, a posteriori : quelle graphie ? [R]
    Renvoi vers l’article « à priori »
  2. Abracadabrantesque
    Abracadabrantesque : de Rimbaud (1871) à Chirac (2000), avec une erreur d’accord du participe passé en prime.
  3. Abréviation de « monsieur » : Mr ou M. ?
    Renvoi vers l’article « Monsieur : quelle abréviation ? »
  4. Abréviation des ordinaux (premier, deuxième...)
    « Premier, deuxième » s’abrègent en 1er, 2e.
  5. Abréviations latines
    Ibid., op. cit. : les ouvrages et articles savants contiennent des abréviations mystérieuses tirées du latin. Essayons de ne pas le perdre... même si l’on n’est pas latiniste !
  6. Académie française (grammaire de l’) [R]
    Renvoi vers l’article « Grammaire officielle (Existe-t-il une...) »
  7. Académie française : quel rôle ? [R]
    Renvoi vers le dossier « Langue française : usages, norme, évolution ».
  8. Accents (histoire des) [R]
    Renvoi vers l’article « Histoire des accents »
  9. Accentuation des lettres capitales (majuscules) [R]
    Renvoi vers le dossier
  10. Accord du participe passé [R]
    Renvoi vers le dossier « participe passé »
  11. Adjectif qualificatif (place de l’)
    La place de l’adjectif (avant ou après le nom) peut poser des problèmes, notamment aux étudiants dont le français n’est pas la langue maternelle. (Contribution de Dominique Didier)
  12. Adverbes d’autrefois
    Le sens de certains adverbes s’est perdu dans la nuit des temps... C’est le cas de « pièce, naguère, jadis, (d’)antan, autrefois ».
  13. Afférent (y)
    « Afférent » est un adjectif (qui s’accorde avec le nom dont il dépend), avec un complément introduit par « à » (« afférent à... » ou « y afférent »).
  14. Agenda (ordre du jour) : anglicisme condamnable ?
    Sous l’influence de l’anglais, « agenda » est employé dans le sens d’« ordre du jour ».
  15. Ainsi, aussi (sens et construction) [R]
    Renvoi vers l’article « Aussi / Ainsi »
  16. Amodiation, amodier
    « Amodiation » n’a rien à voir avec une atténuation : c’est une concession de mine ou de terre.
  17. An quarante (s’en moquer comme l’ ) [R]
    Redirection vers l’article « Quarante (s’en moquer comme l’an ) ».
  18. Apostrophe ou trait d’union ?
    Apostrophe ou trait d’union ?
  19. Après que (indicatif ou subjonctif ?)
    La syntaxe traditionnelle impose d’employer l’indicatif avec la locution conjonctive après que. Pourtant, dans l’usage courant, le subjonctif est de plus en plus employé, malgré la régression générale dont ce mode semble victime.
  20. Arrobe (arobe, arobase, @)
    Selon la norme Unicode, @ a pour nom arrobe.
  21. Attention / intention (à l’... de)
    « À l’attention » ou « à l’intention » de... ?
  22. Attention / intention (à l’— de)
    « À l’attention » ou « à l’intention » de... ?
  23. Au : le chat au voisin [R]
    Renvoi vers l’article « la robe à ma sœur »
  24. Au coiffeur... ou chez le coiffeur ? [R]
    Redirection vers l’article « chez le coiffeur »
  25. Au niveau de...
    « Au niveau de... » fut un tic de langage des trente dernières années...
  26. Au temps pour moi (explications fantaisistes) [R]
    Renvoi vers « aux tempes pour moi » dans la rubricabrac
  27. Au temps... ou autant pour moi ?
    « Au temps pour moi », généralement préféré, n’est pas adapté à tous les cas... et reste contesté, notamment par Claude Duneton.
  28. Aujourd’hui (au jour d’aujourd’hui)
    Aujourd’hui, son origine, et « au jour d’aujourd’hui »
  29. Aussi / Ainsi : différence et construction
    « Aussi » et « ainsi » ont des sens différents mais peuvent se concurrencer. Ils peuvent aussi se construire avec ou sans inversion du sujet selon la présence ou non d’une virgule.
  30. Autant (pour moi) [R]
    Renvoi vers « au temps / autant pour moi »
  31. Auto (mots composés avec)
    Les composés avec auto sont soudés (automobile) quand il n’y a pas de risque de confusion (auto-induction).
  32. Avatar
    Les avatars sont, littéralement, des transformations, pas des aventures.
  33. À : la robe à ma sœur
    Faut-il dire « le vélo à ma mère » ou « le vélo de ma mère », « le chat au voisin » ou « le chat du voisin » ?
  34. À priori, à postériori : accent ou pas accent ?
    Faut-il considérer ces expressions comme latines (et marquer leur caractère de locutions étrangères) ou admettre qu’elles sont francisées (et les accentuer comme il se devrait) ?
  35. À, au, chez ? (devant un nom de magasin) [R]
    Renvoi vers l’article « Préposition (devant un nom de magasin) ».